Bayonetta : Derrière l'image sulfureuse, une icône féministe ?

La figure controversée de la sorcière 

Bayonetta, de son vrai nom Cereza, est une sorcière pas comme les autres née de l'union interdite entre un sage de Lumen et une sorcière d'Umbra, deux clans rivaux représentant respectivement l'ombre et la lumière. 

Souffrant d'amnésie sévère, Bayonetta ignore tout de son passé et de ses racines qui sont à l'origine d'un combat entre forces obscures et célestes... Elle prend le parti des sorcières pour affirmer clairement son humanité et la dualité de son être partagé entre ombre et lumières.

Première détail intéressant : les femmes sont associées au "mal" là où les hommes sont qualifiés de "sages". C'est important car le jeu reprend une vieille dichotomie machiste qui relègue les femmes à des être irraisonnable dont il faudrait se méfier à l'instar de la figure masculine de la rationalité et de la toute pensance éclairée... 

Bayonetta c'est donc un être duel partagé entre son héritage maternel de sorcière et sa filiation paternelle de sage de Lumen. 

Tiraillé entre ses origines, Bayonetta prend le partie des sorcières, avec tout ce que ça implique. 

On retrouve ici la figure controversée de la sorcière qui charrie avec elle une lourde histoire de violence et d'injustices à l'égard des femmes considérées comme impures et dangereuses depuis la nuit des temps... Dans l'histoire les femmes qui souhaitaient être indépendantes, s'instruire et tout simplement s'extirper de la domination des hommes et de l'Eglise étaient très facilement considérées comme des sorcières qu'il fallait brûler, châtiment hautement douloureux et symbolique. 

C'est ce feu interne qui guide Bayonetta qui suit ses intuitions et son libre-arbitre tout au long du sujet...

ILLUSTRATION 

La frontière poreuse entre le Bien et le Mal 

Halte à toute forme de manichéisme : Bayonetta n'est pas un jeu dans lequel le Bien et le Mal s'affrontent de façon binaire, tout est davantage gris ce qui rend la lecture du jeu nettement plus difficile et intéressante. 

Les anges sont représentés sous leur forme "originelle" : créatures parfois effrayantes à triples têtes, oiseaux dinosaures tout droit sortis d'un cauchemar éveillé, roues gigantesques à yeux multiples... A l'opposé des représentations habituelles des êtres de lumière, associés dans l'univers collectifs à la beauté et la pureté, les anges de Bayonetta sont des créatures qui n'hésitent pas à déverser toute leur violence sur les humains. Cette représentation est en réalité fidèle aux écrits religieux de la première heure, notamment à la figure des séraphins, chérubins ou “trônes” qui sont parfois décrits comme des roues couvertes d’yeux,
des êtres de feu et des créatures impossibles à regarder.

Les ambitions mégalomanes de Balder ou la folie des grandeurs des hommes

En avançant dans le jeu, on apprend que ces créatures suivent en réalité les ordres de Balder, sage de Lumen et père caché de Bayonetta, qui a décidé de se lancer dans une bataille contre les forces du mal - dont les sorcières - pour récupérer l'Oeil Gauche détenus par celles-ci. Il existe deux yeux : l’Œil Gauche, lié aux sorcières d’Umbra et l’Œil Droit, lié aux sages de Lumen.

La réunion des deux yeux lui permettrait de ressusciter Jubileus et recréer un univers parfaitement ordonné et aseptisé qui effaceraient la moindre trace d'imperfection et de chaos. 

Or Bayonetta, elle choisit le chaos et décide de s'opposer à son pater illuminé qui semble avoir parfaitement perdu la boule dans ses grands dessins pharaoniques... En livrant un combat sans merci aux anges, Bayonneta s'oppose au projet quasi nazi de son géniteur qui souhaite aseptiser l'univers de toute forme de déviance. 

Ce qui est intéressant, c'est qu'il s'agit bien de la folie d'un homme qui est derrière ces ambitions mégalomanes et ceux au détriment des sorcières dont le pouvoir est associé au mal par Balder. Comble du paternalisme, il souhaite dérober l'Oeil gauche aux sorcières comme si ces femmes ne seraient pas assez sages ou qualifiées pour rester en possession d'un tel pouvoir...

S'opposer au Père ou la construction freudienne de l'émancipation d'une femme... et de l'Homme face à son dieu !

L'enfance tient une place importante dans le jeu. Au fil de l'histoire, Bayonetta tombe sur une petite fille pleurnicharde accrochée à son doudou qui l'appelle "Maman" et la colle aux basques pendant tous ces combats. Des petites nattes, des lunettes de première de la classe, une robe de poupée... Tout l'opposé de Bayonetta qui détonne par son style excentrique et sexy : tenue en latex, talons hauts et révolvers à chaque main et pied. En la rassurant entre chaque combat et en la protégeant de la violence de ses adversaires, Bayonneta contribue en réalité à l'affirmation de cette petite fille qui est en réalité nulle autre qu'elle-même : la petite fille qu'elle était et qui a été téléportée dans le temps par son père pour instrumentaliser l'amour de sa fille et l'inclure dans ses plans mégalomanes.

Bayonetta s'oppose à son père, comme un être humain imparfait qui s'oppose à un dieu effrayant de perfection. 

Fun fact: l'ours en peluche de la petite Cereza s'appelle "Chacha", qui n'est autre que le surnom de Luca, journaliste qui s'est enamouraché d'elle ! L'amour d'un homme comparé à la tendresse d'une peluche, c'est ce qu'on peut appeler un clin d'oeil féministe amusant.... Bayonetta casse ici encore les codes genrés des relation femme/homme en adoptant une posture très dragueuse, entreprenante et badass avec Lucas dont le coeur finit doucement par chavirer pour elle. 

ILLUSTRATIONS  

Sororité et entraide entre femmes : la figure de la soeur Jeanne 

De concurrente à meilleure amie, la relation entre Jeanne et Bayonneta est particulièrement touchante. Lorsque Jeanne débarque sur sa moto remontée à bloc, Bayonnetta ignore tout de cette femme qui la défie à travers des combats aussi bien puissants que majestueux. Au départ manipulée par Balder, Jeanne prend progressivement son indépendance et finit par aider Bayonetta dans sa lutte pour garder l'Oeil gauche et maintenir le chaos qui caractérise le monde réel où se cotoient ombre et lumière. 

C'est Jeanne qui fait renaitre les souvenirs de Bayonneta et joue ainsi le rôle de transmission et mémoire vive qui lui permet de construire un pont entre la femme qu'elle est aujourd'hui et l'enfant qu'elle a été auparavant. 

L'entraide entre femmes triomphe alors sur les ambitions décadentes d'un homme sur le déclin... 

Dans Bayonetta 2, leur relation devient encore plus forte émotionnellement. Cette fois, Bayonetta traverse littéralement l’enfer pour sauver Jeanne après que son âme ait été arrachée de son corps. Et mine de rien, ça change beaucoup de choses dans la représentation du personnage principal : Bayonetta n’est plus seulement une femme solitaire et invincible. Elle devient quelqu’un capable d’amour profond, de loyauté et de sacrifice.

Sans jamais perdre sa personnalité haut en couleur. 

Charisme, humour et irrévérence sont au rendez-vous de ce jeu résolument féministe et original ! 

La frontière poreuse entre le Bien et le Mal 

Halte à toute forme de manichéisme : Bayonetta n'est pas un jeu dans lequel le Bien et le Mal s'affrontent de façon binaire, tout est davantage gris ce qui rend la lecture du jeu nettement plus difficile et intéressante. 

Les anges sont représentés sous leur forme "originelle" : créatures parfois effrayantes à triples têtes, oiseaux dinosaures tout droit sortis d'un cauchemar éveillé, roues gigantesques à yeux multiples... A l'opposé des représentations habituelles des êtres de lumière, associés dans l'univers collectifs à la beauté et la pureté, les anges de Bayonetta sont des créatures qui n'hésitent pas à déverser toute leur violence sur les humains. Cette représentation est en réalité fidèle aux écrits religieux de la première heure, notamment à la figure des séraphins, chérubins ou “trônes” qui sont parfois décrits comme des roues couvertes d’yeux,
des êtres de feu et des créatures impossibles à regarder.

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